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Interview de Suzanne Lepoittevin,
lavandière au lavoir Pont Vallée pendant 10 ans

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Madeleine une lavandière de t'cheu nous, les lessivières à Montfarville

Presse de la manche

Madeleine une lavandière de Montfarville
Une lavandière de t'cheu nous

zoom photos


 

Madeleine était une lavandière, l'aînée d'une modeste famille. Elle dut travailler chez les autres dès 13 ans. Elle se montra courageuse et avisée. Elle avait le sincère désir de contenter ses patrons. Ces derniers se débarrassaient des petites et grandes corvées et la gamine qu'était Madeleine n'occasionnait pas une lourde dépense.

Enfance de Madeleine

Elle quitta l'école à 13 ans le 13 juillet et le 14 juillet elle travaillait chez les gens. Elle avait en charge de s'occuper de 4 enfants très gentils à Réville. " Je fus heureuse pendant 2 ans, je les levais, les habillais et leur donnais à manger, je mangeais avec les enfants à la table des patrons. " Avec les enfants elle regardait la mère traire les vaches. Et elle eut envie d'aider la patronne. Elle adora traire les vaches. Et hélas elle eut l'idée d'en parler à sa propre mère.

Un noble d'Anneville en Saire cherchait un ménage pour traire les vaches. C'est ainsi qu'elle y travailla avec sa mère " ce n'était pas la joie, je fus coupée de tout le monde, il y avait 14 vaches à traire. C'est alors que ma mère tomba enceinte, donc le Châtelain me donna une personne pour m'aider à traire pendant que maman se rétablissait. Au bout de 2 ans elle retomba enceinte, mais je dus me débrouillais toute seule avec les vaches durant son mois de rétablissement. Ma tante Berthe s'occupait de mes frères et sœurs, elle habitait à coté de la maison. Je m'occupais aussi d'abreuver les petits veaux et de soigner deux cochons. "
" Au bout de trois ans, ma mère ne pouvait plus traire les vaches et s'occuper de mes frères et sœurs et ma tante devenait vieille, alors fin mai, elle dit au patron que ce n'était plus possible. Ce dernier aurait voulu que je fasse le travail pour deux. Même si on était logés et qu'on nous donnait une corde de bois je ne pouvais faire le travail de deux personnes. Et comme le logement appartenait au patron, nous avons du déménager ".


 

 


 

 

Elle retrouva une autre place sur la route de Gatteville . Elle ne resta qu'un an. " La patronne très mauvaise avait du mal à garder les bonnes, elle en avait eu 11 avant moi " madeleine y faisait le ménage et trayait 7 vaches. " Le patron était bon comme du bon pain. Il était malheureux.. Le dimanche après le repas j'allais voir mes parents. "

Puis elle fut engagée dans une ferme pour 3 ans pour traire 10 vaches et 60 cochons à engraisser. " Je me levais à 5 h du matin. Tous les matins il fallait nettoyer 17 burets. Je dormais dans une chambre au-dessus de la cuisine, une chambre bien grande et bien froide.
Au bout de trois ans le laitier me dit " pauvre petite tu ne vas pas rester là, je connais une bonne place où tu n'auras que 7 vaches à traire " Je me plaisais bien à la ferme même si j'avais de la misère "
" Donc je me plaçais chez une dame de Ste Geneviève dont le mari était prisonnier. Je me plaisais bien, mais les gens m'avaient monté la tête, Ils étaient jaloux, car on s'entendait à la perfection. Vous verrez quand le patron rentrera, il n'est pas facile. "
" Alors elle me proposa de travailler chez sa mère dont la bonne se mariait. Je n'étais pas chaude avoir trois patrons sur le dos (mère fils et fille) mais c'est la mère qui commandait " Elle y resta trois ans. Et c'est là qu'elle connut son mari. " J'ai eu 5 enfants et j'en ai perdu un d'une maladie enfantine (cette année là beaucoup d'enfants sont décédés d'un genre de choléra. "

 


 

En toutes saisons, une lavandière devait en premier lieu apporter le linge au bord d'un cours d'eau ou dans un lavoir public. À genoux sur une pierre plate ou sur le bord incliné du lavoir, elle jetait le linge dans l'eau, le frottait, le rinçait et le tordait en le pliant plusieurs fois. Elle le battait ensuite avec un battoir en bois pour l'essorer au maximum. Finalement elle plaçait le linge essoré dans un panier ou une brouette pour l'amener vers le lieu de séchage.

Pendant plus de 13 ans Madeleine devint l'une de ces lavandières, une des figures les plus consciencieuses de Valcanville.
En ces temps là, les hommes portaient tous une chemise blanche, même aux champs et les femmes une camisole à demi-manches, blanche aussi.
Chaque maison recelait une montagne de draps, de taies, de torchons et de mouchoirs. On a du mal à imaginer cela maintenant que la mode est de vivre au jour le jour.


 

Métier de lavandière
Elle fut lavandière à 27 ans et habitait un ancien moulin. Elle lavait le linge de 17 familles. La rivière qui se jetait dans la Saire près de la maison lui permettait de transporter les gros sacs de linge sans soucis. Ce lavoir pouvait accueillir 4 lavandières. Elle se retrouvait souvent avec sa voisine pour laver. Ce lavoir n'avait pas de pierre en ciment, elle avait donc sa boîte à laver.Le lundi on lui apportait des sacs de linge courant qui devaient être restitués le samedi. Pour les petites quantités, le linge était prêt avant.
Première chose qu'elle faisait : trier le linge, puis le linge était trempé dans l'eau tiède avec un peu de lessive, un torchon séparait le linge d'un client et d'un autre. Elle laissait macérer le linge toute la nuit ; Le blanc était bouilli, dans des lessiveuses. Par beau temps la lessiveuse était mise dehors dans la courette de la maison,
" le linge suait " La véritable lessive s'effectuait le lendemain. Il s'agissait d'une besogne harassante qui rompait les bras et endolorissait les reins.. Un sachet contenant 2 ou 3 boules de bleu, plongé dans l'eau de rinçage rendait le blanc étincelant.

Le linge était lavé et séché dehors avec plusieurs détentes ou à l'intérieur près du feu en hiver et parfois à la demande du client repassé. Il était repassé avec des fers en fonte légers chauffés sur un petit gaz..
" Ce n'était pas mon métier mais cela m'aidait bien surtout que mon mari ne gagnait pas beaucoup en tant qu'ouvrier agricole " Elle se mettait en chemin avant la pointe du jour. Madeleine recevait le salaire de ce travail le samedi quand on venait chercher le linge, le prix ne dépendait pas du nombre de pièces mais du bon vouloir des patrons. Plusieurs fois elle s'est fait truander.
Le linge venait de Pépinvast, de Barfleur du Vicel, de maisons ou de fermes et là " c'était moins gai " nous dit Madeleine. " Les chemises étaient très sales puisque les fermiers ne se changeaient pas tous les jours. Là où j'ai eu le plus de mal, c'est quand je lavais le linge de cinq fermiers, la mère le père et les trois enfants, ils travaillaient dans les champs et trayaient " je lavais aussi les draps d'une personne souvent des draps d'enfants. Le volume de linge donc variait selon les familles, le nombre d'enfants et la profession.


 

 


 


" Nous étions petitement logés et nous avons du changer de maison, la rivière était plus loin, je prenais du coup la brouette " je mettais mon bac " cabasson " garni de paille dans la brouette avec mon linge qui avait déjà trempé dans l'eau tiède.
Madeleine passait ses journées à savonner avec du savon de Marseille, à brosser et à rincer. Mais elle avait une force terrible dans ses mains et avec sa brosse en chiendent, aucune tache ne lui résistait.

A travers le linge on pouvait connaître l'histoire de la famille " certains étaient plus soigneux que d'autres "


Il y eut une année où ce fut terrible quand le linge était rincé à la rivière on le tordait et on le mettait sur les cailloux et il gela cette année, d'ailleurs les poissons gelèrent. L'onglée de ses doigts violacés s'aggrava en engelures crevassées.
Ce travail de lavandière a duré 13 ans.. " J'ai arrêté car il était de plus en plus difficile de garder la petite dernière et de laver au bord de la rivière qui était dans ma deuxième maison plus loin ".
J'ai lavé en dernier le linge de la maîtresse d'école du petit Vicel et le mari de la maîtresse d'école m'aidait à transporter le linge, il était gentil "
J'ai appris le métier dans ma famille puisque j'étais l'aînée de 5 enfants.
Quand je lavais le linge, je donnais de l'ouvrage à mes enfants. Je donnais à trier le linge à ma plus grande qui avait 8 ou 9 ans, elle triait les mouchoirs et les torchons et les repassait. " c'était normal que les enfants aident les parents. Ma deuxième fille avait pour tache parfois de cirer les chaussures. Quand j'étais dans la deuxième maison, il y avait le fer électrique "

Puis quand je suis arrivée à Montfarville, je faisais tremper ou bouillir le linge la veille, je le mettais dans un sac en plastique et je le ficelais sur mon solex et j'allais le battre au lavoir sur la route de Barfleur. J'allais le soir et il n'y avait personne. Je lavais pour 5 personnes et l'été je faisais 9h de ménage
Si la radio d'un village se tenait au lavoir ou à la rivière, Madeleine s'arrangeait d'y être à l'aube ou le soir pour effectuer sa besogne. D'une nature très discrète, les ragots ne l'intéressaient pas.

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